Un mot de trop, ou le silence ?
Face à une collègue qui annonce un cancer du sein, la plupart des Français préfèrent encore se taire plutôt que d’être maladroits.
Mais que vaut ce silence pour la personne qui le vit ? Et comment oser dire sa fatigue, ses limites ou ses besoins lorsque la culture de l’entreprise n’a jamais laissé de place à ces conversations ?
À l’occasion d’Octobre Rose, Fasterclass a interrogé 2 913 Français actifs afin de mesurer leur capacité à aborder la maladie au travail et à instaurer un dialogue juste entre salariés et managers.
Une enquête qui dévoile que ce n’est pas la bienveillance qui fait défaut, mais les mots, l’écoute et l’habitude d’échanges sincères. Une véritable culture du feedback, au cœur de la relation managériale, apparaît comme la clé pour briser le silence et permettre à chacun d’exprimer ce qu’il n’ose pas dire.
« Les entreprises ne manquent pas de sensibilité, elles manquent d’entraînement au dialogue. Quand six actifs sur dix ont déjà évité de parler de la maladie avec un collègue par peur de mal faire, c’est le signe que l’on n’a jamais appris à dire les choses difficiles, ni à les entendre. Une vraie culture du feedback ne consiste pas seulement à dire à quelqu’un ce qui va ou ne va pas dans son travail : elle crée un climat où chacun peut exprimer un besoin, une fatigue, une limite, sans craindre d’être jugé moins performant. Le manager n’a pas besoin des mots parfaits : il doit savoir poser une question simple et écouter vraiment la réponse. Cela s’apprend. »
— Raphaël Maisonnier, conférencier et auteur, TEDx speaker, CEO de Fasterclass
85 % des salariés ne savent pas vraiment quoi dire à une collègue atteinte d’un cancer
Les chiffres sont effarants ! Seuls 12 % des salariés savent spontanément quoi dire à une collègue qui leur annonce sa maladie, et 16 % préfèrent ne pas aborder le sujet. Chez les managers, l’intention est là mais c’est l’assurance qui manque. En effet, 44 % réagissent avec la peur d’être maladroits et un sur trois (33 %) ne savent pas quoi dire.
Question posée : Si une collègue ou une collaboratrice vous annonçait être atteinte d’un cancer du sein, sauriez-vous spontanément quoi lui dire ?
- Oui, tout à fait : 12 % des salariés, 15 % des managers
- Oui, mais avec la peur d’être maladroit(e) : 31 % des salariés, 44 % des managers
- Non, je ne saurais pas vraiment quoi dire : 38 % des salariés, 33 % des managers
- Je préférerais ne pas aborder le sujet : 16 % des salariés, 6 % des managers
- Je ne sais pas : 3 % des salariés, 2 % des managers
6 Français sur 10 gardent le silence
Par crainte d’être intrusifs, maladroits ou de ne pas trouver les bons mots, 62 % des salariés et 61 % des managers ont déjà évité de parler de la maladie avec une collègue. Plus d’un sur trois l’a même fait à plusieurs reprises (37 % des salariés, 34 % des managers).
Question posée : Avez-vous déjà évité de parler de la maladie avec un(e) collègue par peur d’être intrusif(ve), maladroit(e) ou de ne pas trouver les bons mots ?
- Oui, plusieurs fois : 37 % des salariés, 34 % des managers
- Oui, une fois : 25 % des salariés, 27 % des managers
- Non, mais cela pourrait m’arriver : 19 % des salariés, 23 % des managers
- Non, jamais : 18 % des salariés, 15 % des managers
- Je ne sais pas : 1 % des salariés, 1 % des managers
Le défi n°1 des managers : questionner sans intrusion
Pour 36 % des managers, la principale difficulté est de savoir jusqu’où poser des questions sans être intrusif, juste devant l’adaptation de la charge de travail (33 %) et la discussion du retour au travail (29 %). De leur côté, les salariés placent en tête la capacité à trouver les bons mots (35 %).
Question posée : Selon vous, qu’est-ce qui est le plus difficile pour un manager lorsqu’un(e) salarié(e) est atteint(e) d’un cancer ? (2 réponses maximum)
- Trouver les bons mots : 35 % des salariés, 29 % des managers
- Savoir jusqu’où poser des questions sans être intrusif : 31 % des salariés, 36 % des managers
- Adapter la charge de travail : 30 % des salariés, 33 % des managers
- Parler des absences et de l’organisation de l’équipe : 21 % des salariés, 24 % des managers
- Aborder le retour au travail : 32 % des salariés, 29 % des managers
- Faire régulièrement un point sans donner l’impression de surveiller : 23 % des salariés, 27 % des managers
- Gérer les réactions des autres salariés : 11 % des salariés, 13 % des managers
- Je ne sais pas : 2 % des salariés, 1 % des managers
Des phrases difficiles à prononcer
Seuls 13 % des salariés estiment facile de dire à un manager ne pas pouvoir reprendre au même rythme après une longue maladie. En effet, près d’un sur deux (48 %) juge cet aveu encore difficile, voire perçu comme un manque d’implication (19 %). Et pour 46 % des managers, tout dépend… du manager.
Question posée : Après une maladie longue comme un cancer, pensez-vous qu’un salarié puisse facilement dire à son manager : « Je ne suis pas encore capable de reprendre au même rythme qu’avant » ?
- Oui, tout à fait : 13 % des salariés, 15 % des managers
- Oui, mais cela dépend beaucoup du manager : 38 % des salariés, 46 % des managers
- Non, c’est encore difficile à dire : 29 % des salariés, 24 % des managers
- Non, cela peut être perçu comme un manque d’implication : 19 % des salariés, 14 % des managers
- Je ne sais pas : 1 % des salariés, 1 % des managers
Un retour au travail qui passe par le dialogue
Pour réussir le retour d’une personne traitée pour un cancer, les salariés veulent d’abord qu’on lui demande directement ce dont elle a besoin (27 %) quand les managers misent avant tout sur des échanges réguliers pour adapter le travail (25 %). Au total, près d’un actif sur deux privilégie le dialogue, quand faire comme si de rien n’était ne convainc que 8 % des salariés.
Question posée : Lors du retour au travail d’une personne ayant été traitée pour un cancer, quelle attitude managériale vous paraît la plus importante ?
- Lui demander directement ce dont elle a besoin : 27 % des salariés, 22 % des managers
- Organiser régulièrement des échanges pour adapter progressivement le travail : 21 % des salariés, 25 % des managers
- Lui laisser le temps de retrouver son rythme sans pression : 19 % des salariés, 18 % des managers
- La traiter exactement comme avant, sans faire référence à sa maladie : 8 % des salariés, 12 % des managers
- Proposer spontanément des aménagements : 16 % des salariés, 14 % des managers
- Laisser le salarié prendre lui-même l’initiative d’en parler : 7 % des salariés, 8 % des managers
- Je ne sais pas : 2 % des salariés, 1 % des managers
55 % des salariés jugent les managers mal préparés aux conversations sensibles
Seuls 27 % des salariés estiment que les managers sont suffisamment formés pour accompagner une collaboratrice confrontée à une maladie grave. Ainsi, 55 % pensent le contraire, dont 24 % « pas du tout ». Un regard bien plus sévère que celui des managers eux-mêmes, qui ne sont que 36 % à reconnaître ce manque de formation.
Question posée : Pensez-vous que les managers sont aujourd’hui suffisamment formés pour avoir des conversations sensibles avec un salarié confronté à une maladie grave ?
- Oui, tout à fait : 8 % des salariés, 15 % des managers
- Oui, plutôt : 19 % des salariés, 27 % des managers
- Non, plutôt pas : 31 % des salariés, 29 % des managers
- Non, pas du tout : 24 % des salariés, 7 % des managers
- Cela dépend énormément des entreprises : 16 % des salariés, 21 % des managers
- Je ne sais pas : 2 % des salariés, 1 % des managers
La peur d’être jugé moins performant
Pour les salariés, le plus difficile à vivre face à une maladie grave est la peur d’être considéré comme moins performant (37 %), devant le manque de dialogue avec son manager (35 %) et la difficulté à parler de sa fatigue ou de ses limites (33 %). De leur côté, les managers placent ce dernier point en tête (38 %). Ces résultats font ressortir un enjeu transversal : la possibilité d’exprimer ses limites et ses besoins sans craindre d’être jugé.
Question posée : Selon vous, qu’est-ce qui peut être le plus difficile à vivre pour un salarié confronté à une maladie grave au travail ? (2 réponses maximum)
- Le silence ou l’évitement des collègues : 21 % des salariés, 14 % des managers
- Les maladresses ou les phrases déplacées : 10 % des salariés, 12 % des managers
- Le sentiment d’être regardé différemment : 29 % des salariés, 26 % des managers
- La peur d’être considéré comme moins performant : 37 % des salariés, 34 % des managers
- La difficulté à parler de sa fatigue ou de ses limites : 33 % des salariés, 38 % des managers
- La pression pour reprendre comme avant : 21 % des salariés, 30 % des managers
- Le manque de dialogue avec son manager : 35 % des salariés, 29 % des managers
- Le sentiment d’être surprotégé : 5 % des salariés, 11 % des managers
- Aucun de ces éléments : 3 % des salariés, 1 % des managers
- Je ne sais pas : 1 % des salariés, 1 % des managers
Méthodologie
Enquête réalisée en ligne (CAWI) du 4 au 14 septembre 2026 auprès d’un échantillon de 2 913 Français actifs occupés selon la répartition suivante : 1 715 salariés non-managers et 1 198 salariés exerçant des fonctions managériales. Les participants ont été recrutés et sollicités via le panel BuzzPress en France (27 700 personnes), par invitations électroniques (email) et via des canaux d’invitation sur Facebook et LinkedIn. L’échantillon a été constitué selon la méthode des quotas afin de refléter la structure de la population visée. Les résultats ont ensuite fait l’objet d’un redressement (pondération / calage sur marges) sur des variables socio-démographiques de référence (sexe, âge, catégorie socio-professionnelle, région), à partir des sources administratives et des données de l’INSEE. Des contrôles qualité ont été appliqués (unicité des répondants, exclusion des questionnaires incomplets ou incohérents). Données traitées conformément au RGPD.
À propos
Fasterclass est un organisme de formation et de coaching, certifié Qualiopi, qui aide les dirigeants et leurs équipes à construire une performance collective durable. Comment ? En faisant de chaque minute de (trans)formation un levier d’action concret. Sur quels sujets ? Les soft skills, avec 3 spécialités : feedback, management & leadership, et conduite du changement & growth mindset.
Créée par 4 cofondateurs complémentaires — Raphaël Maisonnier (Président), Amory Panné (Directeur des Opérations et de l’Expérience), Souad Talal (Directrice de la Pédagogie) et Thibaud Caremoli (Directeur Informatique) — Fasterclass conçoit et déploie des dispositifs flexibles et sur-mesure (formation, coaching, e-learning, ateliers, conférences), avec une approche centrée sur la mise en pratique situationnelle, l’ancrage des pratiques dans le temps et la co-construction avec les équipes RH/L&D.
Basée à Paris et Montpellier, Fasterclass s’appuie sur un réseau européen de formateurs et coachs certifiés (DISC, MBTI, ICF, EMCC, etc.) et expérimentés (minimum 10 ans), et a déjà accompagné plus de 10 000 collaborateurs. Fasterclass est lauréat et membre du Réseau Entreprendre Paris depuis 2018, et a été incubée à Station F (Founders Program).
Pour plus d’informations : https://www.fasterclass.fr/
Contact presse
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